Le moulin à musique d’ el

CONCOURS « MUSIQUE ET INSPIRATION »

Le premier mot qui m’est venu à l’esprit, devant le thème du concours organisé par l’harmonie fanfare de Vic le comte dans le Puy de Dôme, « musique et inspiration » fut: mouvement.

La musique est mouvement: mouvement par les changements de tempo, mouvement de l’onde sonore, mouvement de l’instrumentiste.

Cela m’a paru une évidence: il fallait que, comme la musique, ma mosaïque soit mouvement.

Par ailleurs, j’ai toujours été fascinée par les moulins à prières des bouddhistes. (cf 1)

J’admire la beauté du geste, la poésie et l’optimisme du concept…

J’ai choisi de fabriquer un moulin à musique .

LE MOULIN A MUSIQUE

Ce moulin serait composé de plusieurs rouleaux qui tournent le temps d’une musique .

Jouant le « jeu » jusqu’au bout, je décidais de mettre les partitions de l’œuvre choisie à l’intérieur des rouleaux.

Le choix du morceau que j’allais « interpréter » fut spontané: « La mer » de Debussy,

Ceci non par facilité ( le titre ne laisse aucun doute sur le sujet traité! ), mais parce que c’est une de mes musiques préférées et surtout car l’écriture de Debussy me semblait idéale pour mon projet .

Devant la richesse de cette œuvre, j’ai cru plus raisonnable de me «cantonner » au premier mouvement, soit « De l’aube à midi sur la mer ».

Je décidais de faire :

Quatre rouleaux: un par « atmosphère » ou instant musical.

Qui tournent, lancés par la main du spectateur dans le sens des aiguilles d’une montre ( retour au moulin à prières ), de manière aléatoire pour une musique « ouverte ».

De cette façon, la confrontation des mosaïques est sans cesse renouvelée  tout comme les motifs musicaux de Debussy.

Chaque suite de tesselles se poursuit dans le rouleau voisin, par une autre, puis une autre, tout comme la mélodie qui «passent » d’un instrument à l’autre, motif après motif.

J’ai reproduit dans la composition générale de ma mosaïque, la disposition des lignes de portées du conducteur.

A mi- hauteur, en ligne d’horizon : les tesselles représentant les percussions.IMG_0063 (copie)

Au dessus de cette ligne, les vents: flûtes, clarinettes, cors, hautbois…IMG_0063 (autre copie)

En dessous, l’orchestre à cordes : violons, altos, violoncelles, contre basses.moulin à musique (copie)

Les Harpes, petites perles mouvantes côtoient les percussions, entrent dans les vents…IMG_0063 (4e copie)

ANALYSE MUSICOLOGIQUE

Tout en cherchant une certaine uniformité dans la composition générale de mon moulin à musique, les nombreuses écoutes m’ont amenée à des quêtes différentes selon le rouleau.

Le premier rouleau correspond aux 30 premières mesures : c’est le lever de rideau, il fait sombre, seule une première lueur à la fin de cet instant est représentée par des tesselles plus claires.

IMG_0063 (3e copie)

Je suis restée (de mon mieux!) fidèle à la musique, avec les « appels iambiques » de la clarinette puis du hautbois: ce sont les billes rouges, suivie d’une tesselle allongée de la même teinte.  .

Le frémissement des vagues produit par le trémolo des cordes ? Ce sont les miroirs sombres en zig-zag au bas du rouleau. Les timbales que j’entendais rouler à la fin de ces 30 mesures : je les ai reproduites avec le miroir coloré en « pic ». La mélodie à la flûte est tout en haut en miroir jaune puis la clarinette en miroir orange…

Le deuxième instant, deuxième moulin, soit les 64 mesures suivantes évoque en moi très franchement le mouvement des vagues.

J’ai choisi de faire « vivre » par la rotation du rouleau, ces vagues interprétées par l’orchestre à cordes .

Les vents, quant à eux, jouent différents motifs mélodiques  que je retranscrit avec les mêmes « codes » de couleur que précédemment.

De la mesure 65 à la mesure 132, plusieurs « ambiances » se succèdent mais, on peut entendre au début de cet extrait une évocation au ressac des fortes vagues.

De plus la distinction entre les grandes entités: vents/ percussions/harpes/ cordes me paraissait moins nette, un peu comme si les cordes montaient dans le « ciel » des vents, le tout soutenu par les harpes et les timbales .

moulin à musique (autre copie)

Repensant au souhait de Debussy d’avoir la reproduction de l’estampe du Japonnais Hokusai sur la couverture de l’édition originale de cette partition, je décidais de faire, moi aussi, une vague sur mon troisième rouleau.

Le dernier instant, très court (9 mesures) est pour moi un véritable « éblouissement ».

moulin à musique (3e copie)Comment évoquer dans mon travail cette lumière au zénith, cette impression d’infinie immensité, la déferlante d’émotions que provoque en moi la force de cette partition.

Je choisis pour mon dernier rouleau, la simplicité: il « jouera » avec la lumière, grâce à des miroirs à facette, posés en cascade.

Évocation du soleil sur une mer que j’ai voulu immense et en « vue panoramique ».

1 /Le moulin à prières traditionnel est constitué d’un cylindre rempli de mantras et pouvant tourner librement autour d’un axe. Selon les croyances associées à cet objet, actionner un tel moulin a la même valeur spirituelle que de réciter la prière du mantra, la prière étant censée se répandre ainsi dans les airs comme si elle était prononcée.

2 /Nous pouvons lire dans le livre de Christian Goubault, Claude Debussy :

« Cette partition n’a cessé d’exercer sa fascination sur les musiciens contemporains, à cause de la dispersion des timbres, d’un monde qui s’invente en lui même et se détruit à mesure, « J,Barraqué »

Un peu plus loin  : « malgré cet aspect mouvant de succession d’instants sans fin »  (A.Boucourechliev ), sa structure compartimentée, de forme ouverte »…

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